Je vous écris cette lettre afin de vous parler d'une décision que j'ai prise et à laquelle j'ai réfléchis depuis plusieurs mois maintenant. Lorsque vous la lirez, je serai déjà partie depuis quelques heures mais je vous demande une chose, c'est de ne pas me juger ni d'accuser qui que ce soit, car ce choix, je l'ai fait seule, sans aide extérieure. Personne ne m'a influencée. Vous devez sûrement vous poser des questions et essayer de comprendre les raisons de mon départ et à cause ça, je me demande moi même si vous allez lire cette lettre jusqu'au bout. Je l'espère en tout cas. En fait, si je m'en vais aujourd'hui, c'est simplement parce j'ai besoin de voler de mes propres ailes et de prendre mon indépendance. Vous avez toujours été derrière moi, vous avez toujours tenté de parfaire ma vie, vous m'avez toujours surprotégée, j'ai toujours vécu dans un nid que vous avez construit pour moi, comme vous le faite actuellement pour Camille (ma soeur de 7 ans) et jusqu'à présent, j'ai toujours agit selon vous . Ma vie a toujours été très ordonnée, je dirais même un peu trop banale à mon goût, c'est la raison pour laquelle j ai envie de connaître autre chose afin de me prouver que je peux être capable de me débrouiller seule. Je veux vous montrer que je peux réussir seule dans la vie et sans l'aide de personne et prendre mon avenir en main afin que vous soyez fiers de moi et surtout que vous compreniez que j'ai grandit. Quoi qu'il en soit, je ne veux surtout pas que vous inquiétez pour moi ou que vous alertez qui ce soit. Dès que je le pourrai et dès que j'en aurai la force, j'essaierai de vous donner de mes nouvelles.
Je ne vous oublie pas et sachez que vous êtes toujours présent dans mon coeur.
Votre Clarissou !
Il est 7h30. Ça y est, je suis partie. J'ai enfin eu le courage d'annoncer à mes parents que je m'en allais. «Courage » est un bien grand mot car en réalité, je viens de leur laisser une lettre que j'ai déposé sur la table de la salle à manger. C'est lâche d'avoir fait ça de cette façon mais je n'avais pas le choix. Je n'aurai jamais pu affronter le regard de ma mère, les mots de mon père et encore moins les larmes de ma petite soeur Camille. Quoi qu'il en soit, je ne regrette pas ce que j'ai fait, aucunement. J'assume complètement.
Mes parents dormaient encore. Maman ne travaille pas car elle est encore en vacances (elle est institutrice dans une école primaire) et Papa non plus car il est en arrêt maladie à cause de ses problèmes de dos (il est conseiller financier et passe ses journées assis sur une chaise). Ils se sont donc permis une grasse mat'. Quant à Camille, elle était dans sa chambre en train de regarder la télévision, un dessin animé probablement. Elle ne ma même pas entendue Heureusement que j'avais déjà préparé mon sac. J'y avais mis deux trois pantalons, des t-shirts, un pull et des affaires de toilettes que j'avais fourré dedans et j'avais également rangé la cinquantaine d'euros venant de ma tirelire dans mon porte monnaie. Avant de partir, j'ai griffonné quelques numéros de téléphone sur une feuille que j'ai pliée en trois et que j'ai mis dans l'une de mes poches avec mon téléphone portable . Ensuite,j'ai descendu les marches avec prudence pour ne pas éveiller les soupçons et j'ai franchit la porte. Cette porte d'entrée qui grince depuis des années, comme les marches de l'escalier, lorsque je monte dans ma chambre après être rentrée après le couvre- feu. Je me rappelle d'ailleurs de toutes les fois ou j'ai entendu mon père me dire :
« Tu seras privée de sortie jusqu'au mois prochain, comme ça la prochaine fois tu comprendra que lorsqu'on te donne une heure, il faudra la respecter ! »
La porte se referme donc sur les dix- huit années passées en famille, avec ses bons et ses mauvais moments. Je me retrouve enfin libre !



